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Tu connais Dana Niddery, designer de chaussures pour hommes ?

Publié 05/12/2013 par

Nous avons discuté de tout et de rien avec Dana Niddery, designer de chaussures pour hommes : l’art de combiner les éléments, le sens du détail et la chance d’une vie.

Qu’est-ce que tu fais au juste?
Je travaille avec trois développeurs de produits, Frank Garcia, Ben Ruest et Pasquale Santamaria; moi, je suis le designer de l’équipe. Je mets nos idées sur papier.

Donc, tu dessines des chaussures toute la journée?
C’est ça. Je passe la plupart de mon temps à dessiner des chaussures pour hommes pour Call It Spring.

Comment as-tu débuté?
J’ai commencé en bas de l’échelle. J’habitais à Toronto et, comme job d’été, je travaillais dans cet entrepôt surchauffé où on expédiait des chaussures toute la journée et, tu sais, j’étais en train de devenir pas mal bon, je découvrais le commis d’expédition qui sommeillait en moi, quand j’ai réalisé que juste en face de l’entrepôt, il y avait un studio de design.
J’ai fait la connaissance d’un gars qui passait tout le temps dans l’entrepôt, à faire des allers et venues toute la journée, et je lui ai demandé ce qu’il faisait, c’était quoi son job. Il m’a dit qu’il était le designer. Je lui ai dit que je dessinais depuis tout petit et que les chaussures m’avaient toujours intéressé.
J’ai essayé de lui vendre l’idée en lui proposant quelques croquis gratuits, alors qu’en fait je n’avais jamais dessiné de chaussure de ma vie. Il me demande alors ce que je fais à trimer dans cet entrepôt – j’allais avoir 18 ans – et il me dit : « OK, alors fais-moi quelques dessins ».
D’abord, il me donne une paire de chaussures et me demande de la dessiner. Je m’exécute, il trouve ça pas mal et me dit : « Maintenant, si je te demandais un dessin de ton cru, une idée à toi, tu me proposes quoi? ».
Je lui dis qu’il me faut y penser un peu. Je passe la nuit à bosser là-dessus, un peu nerveux parce que je ne savais pas vraiment où commencer, et je reviens avec mon croquis le lendemain. Il me dit : « C’est pas mal, mais je pense que tu peux faire mieux ».
Je repars chez moi et je dessine comme un fou pendant 4-5 heures. Il y a du papier partout dans ma chambre. À la fin, je me dis : « Ça y est! Ça, c’est bon! » Le lendemain, je le lui montre et il me dit exactement la même chose : « C’est pas mal, mais je pense que tu peux faire mieux ».
Je commençais à m’énerver tranquillement. Quoi, il allait falloir que je recommence? Et si je n’étais juste pas capable de faire mieux que ça? Tous les jours je revenais chez moi et je dessinais et dessinais encore, et, quand je lui montrais ce que j’avais fait, il me donnait à chaque fois la même réponse : « Tu peux faire mieux! »
Finalement, peut-être une semaine plus tard ou même plus, je lui donne ma dernière production et je lui dis : « Voilà! Ça y est, je ne peux pas faire mieux que ça ». Il sort alors tous les dessins que j’ai faits depuis le début, il les étale sur la table un par un, du plus ancien au plus récent, et il me dit : « Regarde ceux du début. Tu comprends pourquoi je te disais que tu pouvais faire mieux? »
Et il prend le dernier dessin et me dit : « Celui-ci, je veux qu’on le produise ». Pour moi, c’était comme un rêve qui devenait réalité. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir cette opportunité à l’époque.
J’ai été coaché par lui et un autre designer. J’ai commencé à travailler et dessiner pour eux à temps partiel, et le reste du temps je travaillais à l’entrepôt et j’allais à l’école. Puis un des designers s’est vu proposer un autre poste et on m’a embauché comme designer junior. Mon boss m’a dit : « Il va falloir que tu travailles dur, tu devras faire beaucoup de trucs que moi je n’ai pas envie de faire ». Depuis, je dessine des chaussures. C’était, quoi, il y a plus de dix ans – j’ai 27 ans maintenant!

Quand as-tu rejoint l’équipe de CIS?
Il y a environ 4 ans, en janvier 2009.

Tu as étudié là-dedans?
J’ai fait des cours du soir et décroché un certificat en design, qui a été une formation complète – design 3D, du dessin en masse –, une introduction géniale à plein de choses. Mais c’est vraiment l’expérience qui a fait la différence et m’a fait avancer. À l’époque, il n’y avait pas vraiment de cours sur le design de chaussures, à Toronto, ni même au Canada. C’est un domaine spécialisé et c’était presque impossible d’y entrer sans avoir des contacts dans l’industrie. J’étais juste au bon endroit au bon moment.

Qu’est-ce qui t’inspire dans tes designs?
Je ne sais pas ce qu’il en est des autres artistes, mais pour ma part ce sont les petits détails qui m’inspirent. Je serre la main de quelqu’un et je jette un œil sur ses chaussures. Je fonde beaucoup de mes idées sur l’appropriation : prendre le meilleur d’une chose et le combiner avec le meilleur d’autre chose.
On pense que tout a déjà été fait, mais c’est faux. On peut dire qu’on est rendu à l’étape où les marques et les designers font reculer les limites du possible, grâce à la technologie; en même temps, il y a des designers qui mettent l’accent sur le style héritage classique. Moi, j’aime mélanger les deux éléments pour créer du nouveau. C’est ce qui m’inspire en ce moment. Tout comme la musique, et être quelque part, à un endroit précis, à un moment précis, et voir quelque chose de formidable. Travailler avec mon équipe est aussi très inspirant : on se nourrit les uns les autres, on travaille avec différentes personnes qui ont différentes visions et différents backgrounds. Au fond, tout ça revient à l’idée de combiner des éléments pour créer du neuf.

Est-ce que tu dessines des trucs que tu aimerais porter?
C’est cool parce que je travaille dans la chaussure pour hommes, la direction de Call It Spring est jeune et c’est quelque chose qui vient me chercher. Mais ce que j’aimerais porter n’est pas forcément ce que les clients aimeraient porter. On doit pouvoir changer de peau et se mettre dans celle du client. Cela dit, je possède quelques paires de chaussures CIS, et c’est certain qu’il y a des choses dans la collection que je vais porter cet été.

Y a-t-il des tendances dans la chaussure pour hommes qui te branchent particulièrement?
J’aime le style héritage, les cuirs naturels et les chaussures richelieu. Très classique, mais en même temps très moderne.

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